Session 3 # Rêver et imaginer : Construire des histoires de l’art

Automne/Fall 2020

Toute l’équipe d’Hypothèses est ravie d’annoncer la suite de sa programmation de la saison 2020/2021!

La troisième session se déroulera le Mercredi 16 décembre à 17h sur ZOOM

https://uqam.zoom.us/j/85430600218

Intitulée «Rêver et imaginer : Construire des histoires de l’art » cette séance propose des conférences de Sepehr Razavi (Maîtrise UdeM) La mémoire en question : L’étude d’Aby Warburg sur La Mort d’Orphée d’Albrecht Düreret de Laure Bourgault (Maîtrise UQAM) Vision, rêve, phantasme : trois temps de l’imagination prophétique. La présidence de séance est assurée par Itay Sapir (UQAM)


Il s’agira de (re)voir l’approche inusitée aux objets d’art de l’historien Aby Warburg. Ce dernier intègre à la fois un versant pluridisciplinaire et plurimédial à sa vision de l’histoire culturelle. À l’occurrence, dans son étude de 1906, il porte un œil sur la réapparition de la figure orphique issue de l’Antiquité gréco-romaine dans les gravures et dessins d’Albrecht Dürer et plus particulièrement sa Mort d’Orphée de 1494. Or, le retour d’Orphée signifie une certaine constance pérenne mais également une réappropriation insigne de la figure antique. C’est que, pour Warburg, dans toute activité mémorielle il y a à la fois gain et perte car le travail de l’oubli est tout aussi essentiel que celui de la mémoire pour permettre la réapparition d’éléments issus de l’imaginaire collectif. Le propre de cette reprise de la Renaissance se situe sur le plan de la gestuelle pathétique (Pathosformel) comme l’indice inéluctable de la rupture entre l’expression médiévale et renaissante. Cet investissement émotionnel que l’historien perçoit dans l’Orphée de Dürer est régi par deux pôles nietzschéens, soit « l’ivresse dionysiaque » et « la lucidité apollinienne ». Cette conférence aura finalement pour but de porter une interrogation sur la place de l’anachronique au sein des réflexions sur l’art et le lien entre une histoire de la culture et l’histoire de l’art.  

Biobibliographie

Sepehr Razavi est candidat à la maîtrise en philosophie à l’Université de Montréal. Ses intérêts de recherche portent sur l’esthétique, la phénoménologie ainsi que la philosophie de la culture tout en prônant une approche interdisciplinaire. Son actuelle recherche, financée par le CRSH, porte sur le lien entre la mémoire et l’oublie sur le plan individuel et collectif dans l’œuvre de l’historien de la culture Aby Warburg.


Au XIIe siècle, la religieuse allemande Hildegarde de Bingen use de ses visions mystiques pour s’opposer à la corruption au sein de l’Église à travers la production d’enluminures. L’appel à une connaissance divine et incarnée par l’image mentale permet à la religieuse d’accéder à une autorité qu’elle n’aurait autrement pas eue en tant que femme. Quelques siècles plus tard, Albrecht Dürer réalise l’aquarelle d’un cauchemar de déluge; une esquisse qui témoigne de la persistance de croyances païennes sur le rêve à la Renaissance et qui peut être rapportée à la Guerre des Paysans qui faisait alors rage. Mettant à son tour en oeuvre une forme de connaissance imaginale, l’atlas d’images développé par Aby Warburg au XXe siècle, né d’un rapport phantasmatique à l’image qui mènera l’historien à la folie, se présente comme un véritable exercice de divination politique qui préfigure les dérives totalitaires du nazisme. Ces trois récits laissent entrevoir une forme de connaissance impliquée qui se déploie en marge des modèles historiques logocentrés et permet d’accéder à des savoirs refusés à un mode de connaissance strictement rationnel. Ancrée au sein de schèmes de croyances souvent superstitieuses ou religieuses, cette connaissance imaginale est à même d’offrir une perspective inédite sur différentes crises sociales.

Biographie

Laure Bourgault est artiste et candidate à la maîtrise en histoire de l’art à Université du Québec à Montréal. Par ses recherches, elle souhaite mettre en lumière la façon dont des artistes, mystiques ou historien∙ne∙s de l’art ont tiré profit de leurs images mentales pour déjouer les récits logocentrés, gagner un pouvoir d’action et développer des méthodes de connaissance expérimentales. S’intéressant aux noeuds liant imaginaire et politique, elle réactive dans ses projets artistiques des documents d’archives par le biais de dessins, de vidéos, d’installations et de performances. Depuis 2018, elle co-dirige la revue Cigale, dédiée à la publication d’écrits d’artistes contemporain∙e∙s.


Itay Sapir est professeur d’histoire de l’art à l’Université du Québec à Montréal, spécialiste de l’art européen de la première modernité, et plus particulièrement de l’art italien des XVIe et XVIIe siècles. Parmi ses projets de recherche actuels, celui sur les représentations de l’instant de la mort dans la peinture de ces siècles, en lien avec la médecine, est soutenu par une subvention Savoir du CRSH, dans le cadre d’un projet commun avec les professeur.es Eva Struhal et Denis Ribouillault. En 2018-19, comme fellow de la Fondation Humboldt, Itay a développé une recherche sur l’apollinien et le dionysiaque dans l’art du XVIIe siècle et dans son historiographie.

Itay a publié une monographie et de nombreux articles sur des artistes tels que Caravage, Ribera et Claude Lorrain. Cet automne est publié chez De Gruyter le recueil The Announcement : Annunciations and Beyond, qu’il a codirigé avec Alessandro Nova et Hana Gründler.