Nous avons le plaisir de vous présenter, pour cette deuxième conférence de la saison, Marie-Lise Poirier (Ph. D., UQAM) et Victoria MacBeath (Ph. D., Concordia), qui nous invitent à réfléchir aux parcours canadiens en histoire de l’art à travers les pratiques d’Augustine Bourassa et d’Albénie Arsenault. La conférence sera modérée par Laurier Lacroix.
18 novembre 2026, 17 h 30
CIRCA art actuel
372 Rue Sainte-Catherine Ouest #444
« ”J’ai aspiré à voir tant de choses que je ne verrai pas” : les écrits viatiques d’Augustine Bourassa », par Marie-Lise Poirier
De 1884 à 1912, Augustine Bourassa (1858-1941) effectua plusieurs voyages en Europe qui la menèrent en Angleterre, en France, en Suisse, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Italie. Comme le traditionnel Grand Tour, ces voyages visaient à parachever son éducation intellectuelle et culturelle. Initiée au dessin par son père, le peintre et architecte Napoléon Bourassa (1827-1916), Augustine profita donc de ses séjours italiens pour suivre des cours auprès de maîtres romains et florentins, multipliant ainsi les études d’après le plâtre et les portraits sur nature. En Allemagne, elle s’intéressa plutôt à l’architecture religieuse, ainsi que l’atteste un de ses carnets, truffé de croquis, annoté de ses impressions et augmenté de ses notes de lectures qui attestent tant de sa curiosité intellectuelle que de son goût très affirmé pour les choses de l’art. Riches en renseignements sur la place centrale qu’occupait encore l’expérience viatique dans la vie artistique canadienne à la fin du long XIXe siècle, les carnets de voyages et la correspondance d’Augustine sont aussi des espaces créatifs et stratégiques d’expression et de construction identitaire. Cette communication souhaite, par l’examen attentif de cette pratique scripturale inédite, dresser le portrait d’une artiste en formation.
« Albénie Arsenault was an Acadian rug hooker from New Brunswick », par Victoria MacBeath
Albénie Arsenault (1903-1985) était un artisan acadien du Nouveau-Brunswick, au Canada, spécialisé dans le tapis au crochet. Il a consacré une grande partie de sa vie à travailler pour le Chemin de fer Canadien National et comme cuisinier pour une entreprise forestière. Après sa retraite, il s’est mis à confectionner des tapis au crochet. En 1981, ses tapis ont été exposés à la Galerie Sans Sous, un espace d’exposition gratuit nouvellement créé à Moncton, au Nouveau-Brunswick, destiné aux artistes acadiens émergents.
Alors que d’autres formes de construction identitaire acadienne durant cette période témoignaient d’un passage d’une élite culturelle acadienne exerçant son influence de haut en bas à un mouvement étudiant apparemment issu de la base, l’identité liée à la production artistique constituait un domaine de plus en plus professionnalisé et systématisé. Dans ce contexte, la définition de l’« art acadien » était façonnée par des figures associées à l’enseignement des beaux-arts au sein de la nouvelle Université de Moncton, de langue française.
À la suite de la Révolution tranquille acadienne, cette présentation examine comment les artistes exposant dans les espaces acadiens de Moncton ont composé avec les transformations de cette période, notamment l’urbanisation croissante de la population et l’affirmation grandissante d’un noyau politique plus revendicateur et contestataire. À travers cette exploration, je soutiens que l’exposition des tapis au crochet d’Arsenault à la Galerie Sans Sous offre une vision plus nuancée de l’identité acadienne dans les années 1980, remettant en question les distinctions nettes entre les espaces urbains et ruraux, ainsi qu’entre l’art populaire et l’art contemporain.
Biographie du modérateur, Laurier Lacroix
Laurier Lacroix est professeur émérite de l’Université du Québec à Montréal où il a enseigné l’histoire de l’art et la muséologie. Ses intérêts de recherche portent sur les collections publiques et l’art au Québec et au Canada avant 1940. Parmi ses réalisations, notons les expositions et les catalogues François Baillairgé (en 1985, à la Galerie d’art de l’Université Concordia), Peindre à Montréal entre 1915 et 1930 (en 1996, à la Galerie de l’UQAM, exposition itinérante au Canada), les rétrospectives consacrées à Ozias Leduc (en 1978, à la Galerie d’art de l’Université Concordia, exposition itinérante au Canada ; en 1996, au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), au Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) et au Musée des beaux-arts de l’Ontario) et Suzor-Coté (en 1986, à Arthabaska ; en 2002, au MBAM et au Musée des beaux-arts du Canada), ainsi que Les arts en Nouvelle-France (en 2012, au MNBAQ). Il s’intéresse également à l’art contemporain et a agi, entre autres, comme commissaire d’expositions des œuvres d’Irene F. Whittome (en 1990, au Musée d’art de Joliette ; en 1998, au Centre canadien d’architecture ; en 2004, à l’Université Bishop), de Pierre Dorion (en 2002, à la galerie d’art de l’Université de Sherbrooke, exposition itinérante au Canada), de Guy Pellerin (en 2004, au Musée d’art de Joliette), de Robert Wolfe (en 2006, à la BAnQ), de Micheline Beauchemin (en 2009, au MNBAQ) et de Lisette Lemieux (en 2016, au Musée de Lachine). Récipiendaire du prix Carrière de la Société des musées québécois (1997) et du Prix Gérard-Morisset (2008), Laurier Lacroix est membre de la Société des Dix (2005) et de l’Académie des lettres du Québec (2012).
